CHAPITRE XXIX
Leia était stupéfaite que Mon Mothma s’accroche encore à la vie. Bouleversée, elle était penchée sur le lit de mort de la présidente, les yeux errant sur la multitude d’appareils médicaux qui refusaient de la laisser s’éteindre.
Au Sénat, sur Alderaan, la femme aux cheveux auburn avait été une des plus brillantes et farouches adversaires de son père. A présent, elle ne pouvait même plus tenir debout. Sa peau était grise et transparente, si fine qu’on eût dit du parchemin tendu sur un canevas d’os.
Pour lever les paupières, il lui fallut consentir à un effort surhumain, ses yeux ayant besoin d’un long moment pour se fixer sur sa visiteuse.
Leia sentit son cœur se serrer. Elle tendit une main pour caresser le bras de l’agonisante, à peine un frôlement, pour ne pas lui briser un os.
– Leia… Tu es venue…
– Bien sûr, puisque vous m’avez demandée…
Après l’avoir déposée sur Coruscant avec les jumeaux, Yan était reparti, pestant contre Lando, mais jurant qu’il serait de retour dans quelques jours. In petto, Leia s’était dit qu’elle croirait à ce genre de promesse le jour où les poules auraient des dents.
– Tes enfants… sont en sécurité ?
– Oui. Winter reste ici pour les protéger. Plus personne ne me les enlèvera.
Bientôt, Leia serait plus occupée que jamais, voyant de moins en moins Yan et ses petits. Un bref instant, elle envia le train-train quotidien des fonctionnaires, qui rentraient chez eux tous les soirs, et tant pis s’il fallait laisser du travail pour le lendemain ! Mais elle était une Jedi, et son père se nommait Bail Organa. Faite pour une grande destinée, elle ne pouvait renoncer à ses responsabilités, qu’elles fussent publiques ou privées.
La jeune femme prit une profonde inspiration et fit la moue, les narines agressées par toutes ces odeurs d’hôpital.
Elle se sentait tellement impuissante. Face au combat sans espoir que menait Mon Mothma contre le poison, sa joie d’avoir vaincu les Impériaux et récupéré son fils pâlissait.
A peine se consolait-elle en pensant que l’ambassadeur Furgan n’était plus là pour se réjouir du drame.
– J’ai… fait… parvenir ma démission… au Conseil.
Leia comprit que se récrier eût été indécent. Mon Mothma avait pris la bonne décision. Il fallait réagir comme la présidente le lui avait appris : en pensant d’abord aux intérêts de la Nouvelle République.
– Que va-t-il advenir du gouvernement ? demanda Leia. Les Conseillers vont-ils passer leur temps à se manger le nez et à ne rien accomplir faute de trouver un consensus ? Qui vous remplacera ?
Mon Mothma essaya de sourire.
– Toi, Leia. Tu es le meilleur choix…
La princesse en resta bouche bée, mais l’agonisante continua :
– Oui… Pendant que tu étais absente, le Conseil s’est réuni pour discuter de l’avenir. Ma démission n’a surpris personne. Tu as été choisie pour me remplacer, à l’unanimité.
– Mais, commença Leia.
Son cœur s’affolait, son cerveau refusait de fonctionner. Elle ne s’était pas attendue à ça. Tout au moins, pas maintenant. Peut-être après une ou deux décennies de plus de bons et loyaux services.
– Tu seras la nouvelle présidente, Leia. S’il me restait un peu de mes forces, c’est à toi que je les donnerais. Tu en auras besoin pour défendre la Nouvelle République contre ses ennemis… et contre elle-même.
Mon Mothma ferma les yeux et serra la main de Leia avec une force surprenante.
– Où que je sois, je ne te quitterai pas, mon enfant…
Incapable de dire un mot, Leia resta au chevet de la mourante, sa main dans la sienne.